BREST Bretagne Handball : le club de handball féminin de la pointe de Bretagne.

BREST Bretagne HANDBALL

Gérard Le Saint : « Le haut niveau n’est pas un monde de Bisounours »

Voici un communiqué de Gérard Le Saint, co-président du Brest Bretagne Handball.

« Le BBH est un club jeune avec l’envie d’apprendre et de grandir vite. Mais en regardant un peu autour, nous avons aussi pu nous rendre compte qu’on était davantage observés que l’inverse. Et pas souvent d’un œil bienveillant. Puisqu’avec mon frère Denis nous croyons énormément en ce projet, j’ai estimé bon d’apporter quelques précisions en réponse aux interrogations et surtout pour éteindre les suspicions.

Le BBH va clôturer sa saison dans deux mois avec un budget de 2 M€ et une accession en LFH. Certains ouvrent des grands yeux à la lecture de ce chiffre mais, à titre comparatif, si notre club avait évolué en LNH, cela aurait représenté le plus petit budget de la division, juste derrière Cesson. Pourquoi faudrait-il que les budgets des clubs féminins soient forcément inférieurs aux masculins ?

Une croissance régulière

Ce que nous annonçons aujourd’hui, nous ne l’avons pas créé en un claquement de doigts. Quand avec mon frère nous avons pris la tête du club il y a quatre ans, nous avons démarré à 300 000 € et nous avons régulièrement augmenté la voilure à hauteur de 400 à 500 000 € par saison.
Pour accompagner cette progression, nous n’avons pas hésité à développer les structures administratives du BBH qui compte aujourd’hui dans ses rangs une équipe de trois commerciaux, une assistante commerciale, une responsable communication (qui officie chez Le Saint), un attaché de presse également en charge du site internet et une responsable événementielle.

Le BBH se solidifie à tous les niveaux. Et outre la partie immergée de l’iceberg, les autres secteurs ne sont pas délaissés. La comptabilité, l’intendance, la section jeunes et amateurs (embauche de 4 entraîneurs professionnels diplômés l’an passé), les bénévoles : tout se développe !


La saison prochaine, nous pourrons même compter sur deux commerciaux supplémentaires pour préparer les matches (3 jours de mobilisation avant chaque rencontre) et notre budget approchera les 2,5 M€.


Cette croissance est validée par les éléments suivants :
- 100 places VIP supplémentaires (900 au lieu de 800) x 1 000 € = 100 000 €
- augmentation de la tarification VIP de 20% avec l’accession en LFH = 100 000 €
- une option play-offs à 200 € pour 60% de VIP = 100 000 €
- Le sponsoring, les soutiens publics, une augmentation de 5 à 15% pour les abonnements grand public (en prix et en quantité), le merchandising, les opérations commerciales…


L’Arena a besoin d’un projet cohérent


Si nous pouvons nous permettre tout ça, c’est aussi parce que nous disposons avec l’Arena d’une enceinte extraordinaire pour accompagner notre développement mais s’il n’y a pas un projet cohérent derrière, elle peut vite sonner creux. L’Arena doit ainsi être paramétrée pour encaisser les temps faibles de la saison et nous permettre d’exacerber les moments forts.
Notre moyenne de spectateurs par match est ainsi de 3 200 sur les deux saisons durant lesquelles nous y avons évolué. L’objectif est atteint mais pour en arriver là, nous n’avons pas hésité à mélanger le sport et le spectacle. Selon les rencontres, l’un prend le dessus sur l’autre. Ce sont en tout cas 80 personnes qui travaillent chaque soir de match. Et chez nous, même l’association des Supporters du Bout du Monde est mise à contribution. Si ses membres veulent bénéficier de tarifs préférentiels pour leurs abonnements, ils ont pour mission de faire des tournées d’affichage la semaine précédant le match.

Notre bonne santé financière trouve également sa source dans le soutien très fort que nous recevons de la part de nos 300 partenaires. Nous travaillons au quotidien pour entretenir ce terreau formidable. Le business se fait toute l’année, pas simplement en pré-saison.
Nous considérons nos partenaires comme des « Gilles Falc’hun » (PDG du groupe SILL, récemment élu entrepreneur français de l’année) car on les voit tout aussi motivés dans leur business que dans l’accompagnement du BBH. Pour preuve, par exemple, cette entreprise partenaire qui connaissait quelques soucis dans le secteur du bâtiment. Nous lui avons permis de conserver ses abonnements mais avons annulé sa contribution. Résultat : elle est revenue plus forte la saison suivante !

Les soutiens de certaines collectivités faussent les championnats


Les soucis du hand féminin ne sont probablement qu’à leurs débuts. Les soutiens abusifs de certaines collectivités publiques faussent les championnats. Mon frère et moi avons la culture foot mais nous nous sommes pris au jeu du hand féminin. Et nous avons été interloqués en observant les subventions reçues par certains clubs. Chez nous, cela ne représente que 15 à 20% du budget et nous l’utilisons pour garantir une accessibilité de la billetterie au plus grand nombre, notamment à travers notre « tarif ascenseur ».

Si l’Arvor 29 n’avait à l’époque pas les moyens de ses ambitions, nous avons aujourd’hui conscience que le haut niveau n’est pas un monde des Bisounours. Il semble compliqué de jouer les premiers rôles en N1 avec moins de 500 000 €, en D2 avec moins de 1 M€ et en LFH avec moins de 1,5 M€.
Notre objectif à terme est d’évoluer en Ligue des Champions avec un rôle intéressant. Pour cela, il faudra construire un budget de 3,5 M€. C’est ainsi et nous pensons que cela sera possible d’ici 2 à 3 ans.

Nous trouvons en tout cas que le BBH avec ses 300 partenaires et ses 2 M€ actuels font beaucoup trop jaser. Pas très loin de chez nous, le club de foot de Guingamp présente un budget de 27 M€ dans une ville de 8 000 habitants et ça ne choque personne. Les 2 M€ du BBH dans une cité de 150 000 habitants ont l’air en revanche de secouer la France du hand. Cherchez donc l’erreur…


4 200 places vendues en trois jours


Mon frère Denis et moi dirigeons une entreprise de 1 200 personnes avec une vingtaine de plates-formes fruits et légumes, marée ou volaille sur tout l’Ouest de la France (avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 350 M€ en 2016). Nous sommes présents dans le sport en tant que sponsor depuis un bon bout de temps : 20 ans sur les survêtements du Stade Brestois et également au FC Nantes, au FC Lorient, à l’EA Guingamp, aux Girondins de Bordeaux, au SM Caen… Nous apportons aussi notre partenariat au HBC Nantes, à Colombelles ou à Bruguières, des territoires de hand où nous avons développé notre activité et notre volonté de jouer local.

Les dirigeants de club sont tous intègres, y compris je pense ceux de Mios et Nîmes, mais aujourd’hui tout coûte cher. Les déplacements, les équipements, le personnel… Les dépenses sont conséquentes et montent très vite. À ce titre, je regrette que les frais engendrés par les coupes (France et Europe) ne soient pas en partie pris en charge par la Fédération.

Sur ce thème, on doit souligner le courage de Yutz qui a refusé dernièrement le déplacement à Plan-de-Cuques en Coupe de France : c’est une belle sagesse financière. Quand je vois aussi Plan-de-Cuques, une formation de N1, effectuer le déplacement chez nous en pleine semaine, quels sacrifices pour honorer une place en 1/4 de finale… Nous avons eu peur jusqu’au dernier moment que le match n’ait pas lieu. Chapeau en tout cas à ces deux clubs !
Pour conclure, nous n’avons sûrement pas de leçons à donner, à qui que ce soit, et nous aurons toujours plaisir à inviter nos confrères à Brest pour leur faire partager nos convictions.
Mais si beaucoup de choses ne peuvent paraître à certains que littérature, sachez en tout cas que les 4 200 places de la demi-finale de Coupe de France face à Metz ont été vendues en trois jours. Ça, c’est du concret ! Merci à tous nos supporters ! »


(crédit photos : O.Stephan/BBH)